Interview : Nicolas Cartelet

Interview : Nicolas Cartelet

Un nouveau roman (à paraître en mai prochain) et un nouvel Albert Villeneuve. Pourquoi ce choix d’incarner à nouveau ce héros ?
Le choix de donner à mon personnage le même nom que celui du héros de Petit Blanc s’est imposé de lui-même lorsque j’ai commencé à écrire, sans que je l’aie prémédité. Je me suis rendu compte que ces deux personnages étaient les mêmes – pas les mêmes au sens strict, leur vie et l’époque à laquelle ils vivent étant différentes, mais les mêmes au sens symbolique : ils sont tous les deux l’archétype du « petit », celui qui depuis la naissance se bat contre des forces qui le dépassent, et tente tant bien que mal de s’en sortir. Que ce soit dans une colonie du Pacifique à la fin du XIXe siècle ou dans un futur post-apocalyptique, l’histoire humaine de cette lutte pour dépasser les déterminismes sociaux est la même.


Tu nous plonges une nouvelle fois dans le quotidien des catégories sociales pauvres, sans avenir, qui, malgré les difficultés, essaient de survivre. Pourquoi vouloir en parler ? Est-ce une résonance avec le contexte actuel ?
Je ne crois pas écrire en réaction au contexte contemporain, surtout sur ces questions de la pauvreté, du désespoir, qui me semblent universelles et intemporelles. Je ressens le besoin d’en parler car j’ai le sentiment que ces sujets, la pauvreté, le déterminisme, la révolte (ou du moins la tentative de révolte) sont les seuls sujets qui comptent, c’est-à-dire qu’ils sont les seuls moteurs de l’histoire humaine. C’est du sentiment d’injustice que naissent tous les bouleversements, toutes les velléités de changement. Et il y a dans cette quête du meilleur, que beaucoup d’hommes échouent à atteindre, quelque chose de tragique qui me touche.
Ce qui fait écho aux peurs de notre temps dans Dernières fleurs, c’est la question de l’écologie, cette possibilité de voir notre écosystème basculer. Le point de départ de mon roman a été : « imaginons un monde où, entre autres catastrophes naturelles et politiques, les insectes pollinisateurs ont totalement disparu. Comment l’homme s’adapterait-il pour continuer à se nourrir ? » En cela, Dernières fleurs est un roman contemporain.


On sent depuis Petit blanc une nouvelle approche littéraire, une écriture du réel, plus brute et pourtant plus poétique. Sont-ce les sujets que tu abordes qui définissent ta plume ou est-ce une prise de position artistique ?
C’est certain que je m’adapte un peu en fonction du sujet. Je pense qu’écrire, par exemple, un roman de Fantasy médiévale avec le style de Dernières fleurs ne fonctionnerait pas. Mais c’est vrai que plus j’écris, plus je penche vers cette écriture brute, en laquelle je me reconnais et par laquelle je m’épanouis en tant qu’auteur. J’essaye d’écrire une littérature du moi, de la solitude, où les idées tournent en vase clos dans la tête du narrateur, font des détours pour revenir sans cesse au même point, faute d’échappatoire et de contradiction. C’est une écriture à la première personne, qui joue sur la répétition. C’est aussi une littérature de la simplicité, orale, où les choses sont nommées simplement, où l’on répète au besoin les mêmes choses, comme lorsqu’on discute ou se parle à soi-même. Une écriture avec le moins d’adjectifs possibles, le moins de synonymes possibles – j’ai horreur des textes qui basculent dans le catalogue de synonymes car l’auteur ne supporte pas de voir deux fois le même mot dans le même paragraphe. Et une écriture qui, je l’espère, tire sa poésie de cette simplicité.


Un roman uchronique et fantastique avec Petit blanc, un post-apocalyptique avec Dernières fleurs avant la fin du monde, cela voudrait-il dire qu’Albert Villeneuve pourrait revenir ?
Oui, il pourrait bien ! Il s’imposera de toute façon de lui-même si je continue de filer ces sujets dans de nouveaux romans. La question est : où transposerais-je ce nouvel Albert ? Après les colonies et l’anticipation proche (Dernières fleurs n’est pas situé précisément dans le temps, mais je l’imagine plutôt proche de nous), la logique voudrait que je m’aventure il y a très longtemps ou, au contraire, dans très longtemps. Deux perspectives intéressantes, et une question à poser du côté de la SF d’anticipation : après l’humain, quelles luttes sociales ? Quels déterminismes et quelles révoltes ?


Que lit Nicolas Cartelet en ce moment et quel est son dernier coup de cœur ?
Je sais que c’est une mauvaise chose, mais écrivant beaucoup en ce moment, je lis peu – disons moins. Je privilégie donc les romans courts. Je viens de terminer un texte littérairement admirable, Ma nuit entre tes cils, qui parle d’amour de très jolie façon, sans niaiserie. Je poursuis en pointillés mon exploration de l’oeuvre de deux auteurs dont la plume et l’univers me fascinent, Alain Mabanckou et Dany Laferrière (L’Odeur du café, quelle merveille ! 200 pages qui pourraient faire office de manifeste pour la littérature idéale, selon moi).


Si tu devais donner envie aux lecteur.trice.s de découvrir Dernières fleurs avant la fin du monde, que leur dirais-tu ?
Je leur dirais que Dernières fleurs est autant un roman d’anticipation qu’un roman de littérature blanche, que j’ai écrit sans rien calculer, et sans trahir aucun genre. Que c’est un roman qui parle de pauvreté, de révolte, d’écologie, avec en prime la petite pointe d’amour et d’espoir qui a peut-être manqué au très noir Petit Blanc. Aussi, que c’est un roman court (si si, c’est un argument, y’en a marre des pavés !)


Merci à Nicolas pour ses réponses.



Le roman Dernières fleurs avant la fin du monde est en précommande sur le site.
Pour toutes les précommandes effectuées avant le 13 mai, vous recevrez un exemplaire dédicacé et numéroté par l’auteur.


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